Fabrication expérimentale d'ocre à partir de minerai de fer
Découvertes sur le plus ancien village néolithique de Basse-Normandie.
Fouille d'une fosse latérale
Le site du Lazzaro à Colombelles a été découvert en 1996, dans le cadre d’une campagne de sondages archéologiques. Il date du début du Néolithique : entre 5200 et 5000 ans avant Jésus-Christ. Cette période très importante correspond à un changement complet dans les modes de vie des hommes de la Préhistoire. Ils adoptent alors l’agriculture et l’élevage, construisent les premiers villages, fabriquent de la poterie.
L’étude du mobilier archéologique et la forme des maisons permet de rattacher l’occupation du site à un grand courant de colonisation agricole qui part des plaines d’Europe centrale et qui est nommé courant danubien ou rubané.
Le site s’apparente à un grand village de près de 10 maisons dont sont conservées principalement des fosses latérales livrant l’essentiel du mobilier archéologique, des fosses de stockage et des sépultures. Malgré des conditions d’observation difficiles, une vingtaine de trous de poteau témoignent de la présence de grandes maisons en bois et torchis. Par comparaison avec l’architecture rubanée, le plan des structures permet d’évaluer l’emplacement de grands bâtiments orientés est-ouest avec l’entrée à l’est.
La fouille a livré un nombre important de 17 tombes qui se répartissent principalement sur les côtés des maisons. Cette pratique d’inhumer les morts à proximité de la maison est un trait culturel propre à ces groupes d’origine danubienne. L’une des sépultures contenait un sédiment ocré ainsi qu’une perle en roche verte, probablement de la variscite, matériau qui provient d’Espagne et qui témoigne d’échange à très longue distance. D’autres sépultures livrent également de petites perles circulaires ou des vases en terre cuite.
Les fosses latérales livrent en abondance les déchets de la vie quotidienne au Néolithique : instruments de mouture et de broyage, silex taillés, céramique, blocs de minerais de fer (hématite) pour la fabrication d’ocre. Ce matériau a probablement fait l’objet d’extraction dans les mêmes gisements miniers de la vallée de l’Orne qui alimenteront la SMN 7 millénaires plus tard !
L’analyse des graines carbonisées apporte des résultats importants concernant l’alimentation végétale, domestique et sauvage : céréales et petits pois sont consommés, mais aussi des mûres et des prunelles. Les premiers résultats de l’étude des charbons de bois permettent d’avoir une image du paysage de Colombelles au moment des premiers défrichements par l’homme : ils soulignent l'existence possible de deux écosystèmes : la forêt caducifoliée de type chênaie et les fourrés post-forestiers.
Le site de Colombelles constitue une référence pour le début du Néolithique dans l’Ouest de la France. En effet, il permet de reculer considérablement la chronologie de la « néolithisation » de la façade atlantique, tandis que les colons danubiens voient leur aire d’expansion atteindre les côtes de la Manche. La forme très ordonnée de l’habitat, représentée par un grand village très compact, suppose des groupes humains importants impliqués dans la mise en valeur du territoire colombellois.
Page réalisée avec l'aimable contribution de M. Cyrille Billard, archéologue.
Sépulture en position hyperfléchie
Sépulture en position ventrale
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